Le Groenland de l’Est ne se visite pas comme une destination arctique ordinaire. Autour d’Ittoqqortoormiit, petite ville de la région de Tunu, s’ouvre Scoresbysund — Kangertittivaq en groenlandais — considéré comme le plus vaste système de fjords du monde. Montagnes sombres, glaciers déversant leurs icebergs, bras de mer profonds et banquise composent un territoire presque sans routes, où l’on arrive généralement depuis l’Islande par de rares vols saisonniers vers Constable Point. Ce guide complète notre guide pratique du Groenland, centré sur Ilulissat et la côte ouest, plus accessible.

En 2026, l’accès reste très limité : les liaisons aériennes sont le plus souvent concentrées sur la courte saison estivale, avec des itinéraires depuis Reykjavik ou Akureyri selon les programmes opérés. De Constable Point, il faut encore rejoindre Ittoqqortoormiit par bateau, parfois en hélicoptère selon la période et l’organisation locale. Cette difficulté d’accès fait partie de la réalité du voyage : ici, le paysage n’est pas un décor rapide, mais un espace immense, habité par quelques centaines de personnes et soumis aux conditions arctiques.

À retenir : Scoresbysund est spectaculaire, mais il exige du temps, une grande souplesse logistique et un budget conséquent. L’été, de juin à septembre selon les années, est la fenêtre la plus réaliste pour l’explorer depuis l’Islande.

Scoresbysund : un système de fjords aux dimensions exceptionnelles

Scoresbysund est le nom couramment utilisé en français, en anglais et dans l’histoire des explorations européennes. Le nom groenlandais, Kangertittivaq, désigne un ensemble d’eaux marines, de fjords secondaires, de baies et de détroits sur la côte est du Groenland, au nord du cercle polaire arctique.

Le système s’enfonce sur environ 350 kilomètres dans l’intérieur du pays, avec de multiples ramifications. Sa superficie est généralement estimée à près de 38 000 km², un chiffre qui donne une idée de son échelle : ce réseau est plus vaste que plusieurs pays européens. Certaines parois montagneuses tombent presque directement dans l’eau ; ailleurs, les rives s’ouvrent sur des vallées glaciaires, des plaines de toundra ou des fronts de glace.

Fjord immense de Scoresbysund avec icebergs et montagnes du Groenland de l’Est

La profondeur est également remarquable. Dans certaines zones, les fonds dépassent le kilomètre sous la surface. Cela explique en partie la présence d’icebergs gigantesques : les glaciers qui débouchent dans le réseau peuvent vêler des blocs de glace de taille monumentale, ensuite entraînés lentement vers l’océan du Groenland.

Ittoqqortoormiit, une ville au bout de l’Atlantique Nord

Ittoqqortoormiit est souvent présentée comme l’une des localités les plus isolées du Groenland. Elle compte seulement quelques centaines d’habitants, selon les évolutions démographiques locales. La ville se trouve à l’entrée du système de Scoresbysund, sur une côte exposée aux glaces dérivantes et aux conditions météo de l’est groenlandais.

L’isolement n’est pas une formule touristique : il structure concrètement la vie quotidienne. Il n’existe pas de réseau routier reliant Ittoqqortoormiit aux autres villes groenlandaises. Les déplacements vers l’extérieur dépendent de l’avion, de l’hélicoptère, des bateaux saisonniers et de l’état de la glace. Pour le visiteur, la ville constitue davantage un point d’entrée qu’une base urbaine classique. Les maisons colorées, typiques de nombreuses localités groenlandaises, contrastent avec les reliefs minéraux et les eaux sombres. Toutefois, il faut éviter de réduire Ittoqqortoormiit à une image de carte postale : c’est une communauté active, avec ses habitants, ses institutions, ses contraintes de logement et d’approvisionnement.

Tunu et les Tunumiit : une culture vivante de l’Est groenlandais

Le Groenland de l’Est est désigné en groenlandais par le terme Tunu, « l’Est ». Cette région possède une histoire, une identité et des pratiques linguistiques qui lui sont propres. Les habitants autochtones de l’Est sont souvent désignés comme les Tunumiit, et la langue locale est un dialecte est-groenlandais distinct du kalaallisut, la variété de groenlandais la plus largement utilisée à l’ouest.

Il importe de parler de cette réalité avec précision. Les Tunumiit ne sont pas les vestiges d’un monde ancien mis en scène pour les visiteurs : ce sont des communautés contemporaines, avec une vie familiale, scolaire, professionnelle, politique et culturelle. Le groenlandais, le danois et parfois l’anglais peuvent se croiser selon les situations.

La chasse demeure une pratique importante pour certains habitants, à la fois dans l’histoire locale, dans l’alimentation et dans l’économie de subsistance. Elle s’inscrit dans un cadre réglementé et dans des savoirs liés aux saisons, aux déplacements de la glace et à la connaissance des animaux. Les visiteurs doivent se garder d’une vision romantique ou exotisante du « chasseur inuit ». Une visite respectueuse implique de demander avant de photographier des personnes ou des activités privées, et de privilégier les guides et prestataires locaux lorsque cela est possible.

Icebergs, banquise et glaciers : le spectacle, mais aussi la contrainte

À Scoresbysund, les icebergs sont bien plus que des objets photogéniques. Ils déterminent les routes maritimes, ralentissent la navigation et peuvent modifier l’accès à certains bras de fjord d’une semaine à l’autre. Même en plein été, la glace de mer peut rester présente, tandis que des morceaux de banquise dérivante viennent encombrer les passages.

Les grands icebergs proviennent de glaciers qui descendent depuis l’inlandsis groenlandais et ses calottes périphériques. Leur forme évolue sans cesse sous l’action de la fonte, du vent, des vagues et des courants. Une distance de sécurité est indispensable : un iceberg peut se retourner ou se fracturer brutalement.

La faune est présente, mais ne doit jamais être promise. Des phoques, baleines, oiseaux marins, renards arctiques, bœufs musqués ou rennes peuvent être observés selon les itinéraires et la saison, comme le détaille notre guide d’observation de la faune arctique. L’ours polaire fait partie de l’écosystème régional, mais son observation est rare, imprévisible et implique des règles de sécurité strictes.

Un voyage d’expédition, pas un séjour sans aléas

Le mot « expédition » est parfois employé de façon marketing en Arctique ; à Scoresbysund, il correspond à une réalité opérationnelle. Les horaires de vol et de bateau peuvent être modifiés par le brouillard, le vent, l’état de la mer, la visibilité ou la glace. Il faut prévoir des marges de sécurité avant et après le séjour, particulièrement si l’on doit prendre un vol international depuis l’Islande.

Village isolé d’Ittoqqortoormiit avec maisons colorées sur la côte du Groenland de l’Est

Voici les principales réalités à anticiper :

  • Retards possibles : quelques heures, parfois davantage, selon la météo et les glaces. Évitez les correspondances internationales trop serrées.
  • Réseau limité : couverture mobile, Wi-Fi et services bancaires peuvent être plus restreints qu’en Islande ou dans l’ouest du Groenland.
  • Capacités d’hébergement réduites : réservez tôt, surtout durant les rares semaines de haute saison.
  • Activités conditionnelles : une sortie en mer, une randonnée ou un transfert peut être annulé sans qu’il existe d’alternative immédiate.
  • Assurance indispensable : elle doit couvrir l’évacuation médicale, les retards liés à la météo et les activités prévues.

Quand partir à Scoresbysund en 2026 ?

L’été est la saison de référence pour un premier voyage dans la région. Les températures restent fraîches, mais les jours sont très longs et l’accès maritime devient plus réaliste.

Période Conditions dominantes Températures indicatives Intérêt principal
Fin juin à mi-juillet Très longues journées, présence importante de glace selon les années 2 à 8 °C Lumière arctique, premiers itinéraires maritimes
Mi-juillet à août Fenêtre généralement la plus favorable à la navigation 4 à 10 °C Fjords, icebergs, faune, randonnées
Fin août à septembre Jours plus courts, météo plus fraîche, automne de toundra 0 à 7 °C Couleurs automnales, ambiance plus calme
Hiver et printemps Banquise, froid intense, accès très complexe Souvent sous 0 °C Réservé aux projets très préparés et spécialisés

Informations pratiques : rejoindre le Groenland de l’Est depuis l’Islande

L’itinéraire le plus direct vers Scoresbysund passe généralement par l’Islande. La compagnie régionale Norlandair opère deux vols hebdomadaires réguliers vers Constable Point (aéroport de Nerlerit Inaat), l’un depuis Reykjavik, l’autre depuis Akureyri, à environ 40 kilomètres à vol d’oiseau d’Ittoqqortoormiit. L’enregistrement pour ces vols se fait au comptoir Icelandair à Reykjavik et à Akureyri. La durée de vol depuis l’Islande est généralement de l’ordre d’une heure et demie à deux heures. Après l’atterrissage, le trajet vers Ittoqqortoormiit se poursuit par hélicoptère opéré par Air Greenland en correspondance avec les vols Norlandair, ou par bateau et motoneige selon la saison et l’état de la glace.

Pour préparer ce type de voyage :

  • consultez les informations actualisées de Visit Greenland, notamment les pages consacrées au Groenland de l’Est, aux accès et à la sécurité ;
  • vérifiez les annonces de l’opérateur aérien concerné ainsi que les informations de l’Office météorologique islandais lorsque le départ se fait depuis l’Islande ;
  • prévoyez au minimum une nuit tampon en Islande avant le départ vers Constable Point et une autre au retour ;
  • confirmez directement les transferts entre Constable Point et Ittoqqortoormiit.

Budget à prévoir

Le Groenland de l’Est est une destination coûteuse. Un séjour organisé incluant les vols depuis l’Islande, les transferts locaux, l’hébergement, les repas et plusieurs sorties peut rapidement représenter plusieurs milliers d’euros par personne. Pour une semaine à dix jours, une enveloppe de l’ordre de 4 000 à 8 000 €, parfois davantage, est plausible selon le niveau de confort, le type de bateau et le point de départ international.

Voyager avec attention dans un territoire fragile

Le Groenland de l’Est est particulièrement exposé aux effets du réchauffement climatique. Le voyageur peut limiter son impact, sans prétendre effacer l’empreinte d’un déplacement aérien vers une zone aussi lointaine. Rester plus longtemps plutôt que multiplier les vols, choisir des groupes de taille raisonnable, suivre les consignes de débarquement et ne rien laisser sur place sont des gestes élémentaires. Pour approfondir ces questions, notre guide pratique du Groenland et les ressources de verygreentrip.com sur le tourisme responsable en zone polaire complètent utilement cette préparation.