La Laponie en été reste méconnue des voyageurs français, qui associent trop souvent cette région aux aurores boréales et aux paysages enneigés de décembre. Claire Vasseur, rédactrice pour Time Tours Voyages, a rencontré Riikka Mäkinen à Saariselkä, au nord de la Finlande, pour parler de cette autre Laponie : celle du soleil de minuit, des randonnées dans la toundra et des baignades dans les lacs arctiques. Guide naturaliste indépendante depuis 14 ans dans et autour du Parc National d’Urho Kekkonen, elle a accepté de partager, avec son franc-parler habituel, ses conseils pour un séjour estival réussi dans le Grand Nord finlandais.
Riikka Mäkinen
Guide naturaliste indépendante, Saariselkä (Finlande)
14 ans d'expérience dans le Parc National d'Urho Kekkonen. Spécialisée dans les randonnées estivales, l'observation des oiseaux migrateurs et la faune arctique.
Pourquoi visiter la Laponie en été ?
Claire Vasseur : Riikka, vous guidez des randonneurs en toutes saisons depuis 14 ans. Pourtant, beaucoup de Français ne conçoivent pas la Laponie autrement qu'en hiver, sous les aurores. Qu'est-ce qui vous agace dans cette image réductrice ?
Riikka Mäkinen : C'est fascinant de voir que les gens viennent chercher la Laponie en hiver pour ses aurores — une nuit sur deux d'activité, parfois moins selon le couvert nuageux — et ignorent complètement la Laponie de juin, où le soleil ne se couche pas pendant trois semaines consécutives. C'est un phénomène tout aussi spectaculaire, si ce n'est plus. Le sol se réveille, les rivières gonflent avec la fonte des neiges, les rennes se promènent librement sur les pentes. Les sentiers du Parc d'Urho Kekkonen sont praticables dès fin mai et offrent des panoramas que l'hiver rend inaccessibles — en particulier les plateaux de fjäll (la toundra ouverte au-dessus de la ligne des arbres) qui se couvrent de fleurs de toundra entre juin et août.
La Laponie en été, c'est aussi une Laponie moins chère et moins fréquentée. Les vols sont accessibles, les hébergements disposent de places, et on croise des randonneurs finlandais ou suédois plutôt que des groupes touristiques. Pour ceux qui cherchent une expérience authentique et physique dans le Grand Nord, c'est la meilleure fenêtre de l'année. Notre [guide complet de la Laponie finlandaise](/voyage-laponie-finlande/) récapitule d'ailleurs les spécificités de chaque saison pour aider à choisir la période selon vos attentes.
Le soleil de minuit en juin : phénomène et adaptation
Claire Vasseur : Le soleil de minuit est le phénomène le plus connu de l'été arctique, mais aussi le plus mal compris. Qu'est-ce que cela change concrètement pour un visiteur ?
Riikka Mäkinen : C'est fascinant de voir la réaction des gens la première nuit. Ils sortent à 23h30 et il fait grand jour — une lumière dorée rasante, magnifique, qui transforme la toundra. Certains ne peuvent pas dormir pendant deux ou trois jours. D'autres, au contraire, se sentent portés par une énergie nouvelle. Ce phénomène s'explique simplement : à Saariselkä, à 68°N, le soleil ne passe pas en dessous de l'horizon entre le 15 juin et le 27 juin. Pendant ces douze jours, il tourne dans le ciel sans jamais se coucher. Plus au nord, à Nuorgam (70°N, la commune la plus septentrionale de Finlande), le soleil de minuit dure 50 jours consécutifs.
Pour l'adaptation physiologique : la mélatonine, hormone du sommeil, est produite dans l'obscurité. Sans noirceur réelle, la production est perturbée. La solution est simple et efficace : un masque de sommeil opaque, des rideaux occultants dans la chambre, et une routine de coucher régulière. Le corps s'adapte en 3 à 4 jours. J'ai guidé des voyageurs qui avaient du mal à fermer l'œil la première nuit et qui étaient parfaitement calés par le troisième jour. Les bénéfices du soleil de minuit sur la vitalité et le moral ont même été étudiés — des recherches montrent un effet positif sur l'humeur, similaire à ce que décrivent les études sur la [luminothérapie contre la dépression saisonnière](https://combattreladepression.com/). C'est l'envers exact du kaamos hivernal.
Randonnées en juillet dans le Parc National Urho Kekkonen
Claire Vasseur : Vous êtes une spécialiste du Parc National d'Urho Kekkonen. Pourquoi juillet est-il votre mois favori pour y randonner ?
Riikka Mäkinen : Juillet, c'est le mois parfait : les moustiques commencent à diminuer (ils culminent en juin), les températures atteignent 20 à 25°C sur les fjäll, et la végétation est à son maximum. Le parc couvre 2 550 km² et offre des itinéraires pour tous les niveaux. Mon circuit préféré pour les non-initiés, c'est la boucle de 3 jours entre les cabines ouvertes de Kiilopää et Raajärvi, avec deux nuits en refuge automatique. On traverse des zones de toundra ouverte, des forêts de pins sylvestres et des landes à airelles. Je l'ai vécu moi-même plus de 200 fois : chaque passage est différent. Les orchidées de toundra fleurissent exactement entre le 10 et le 25 juillet selon l'enneigement de l'hiver précédent.
Les sentiers sont balisés en jaune ou en orange, avec des panneaux en finnois et en anglais. La signalétique est fiable. Les refuges sont gratuits et en libre accès pour les randonneurs — une spécificité nordique qu'on appelle le *jokamiehen oikeudet* (droit du chemin). Les [kennels de chiens de traîneau](/chiens-de-traineaux-laponie/), actifs en hiver, proposent souvent en été des randonnées de trekking avec les chiens en laisse — une façon originale de découvrir la toundra lapone en compagnie de husky. Pensez à appeler à l'avance pour réserver.
La faune sauvage estivale : oiseaux migrateurs et rennes en liberté
Claire Vasseur : La faune de la Laponie en été est très différente de l'hiver. Qu'est-ce que les visiteurs peuvent espérer observer ?
Riikka Mäkinen : Les gens sont souvent surpris de découvrir que la Laponie en été est un paradis ornithologique. Plus de 180 espèces d'oiseaux nichent dans le Parc d'Urho Kekkonen entre mai et août. Parmi elles, le pic à dos blanc, le bécasseau à queue pointue, l'alouette hausse-col, et — ma préférée — le plongeon arctique, dont le chant tremblé résonne sur les lacs à l'aube. Des espèces rares pour un ornithologiste européen sont ici relativement communes.
Les rennes, eux, sont partout sur les fjäll en juillet. Le renne semi-domestique appartient aux familles Sami qui les élèvent selon les droits ancestraux. En été, les troupeaux remontent vers les plateaux pour fuir les moustiques et profiter des pâturages de lichen et de graminées. Il est fréquent de croiser des groupes de 30 à 50 individus sur les pistes. L'approche doit être calme et à distance — ils ne fuient pas les humains, mais une approche brusque peut déclencher une bousculade. Les élans sont plus discrets mais présents dans les zones forestières, notamment dans les zones de transition entre la forêt boréale et la toundra ouverte. Pour comparer avec les pratiques de la [Laponie russe en été côté Mourmansk](https://nord-russe.fr/), les espèces communes des deux côtés de la frontière témoignent d'un même écosystème sub-arctique continu.
Baignades arctiques et vie au bord des lacs en août
Claire Vasseur : Août, c'est la fin de l'été arctique. Qu'est-ce qui reste à faire à cette période ?
Riikka Mäkinen : Août, c'est mon mois secret. Les moustiques ont pratiquement disparu après le 10 du mois. Les lacs atteignent leur température maximale — jusqu'à 22°C en surface dans les lacs peu profonds de l'intérieur. Les airelles rouges commencent à mûrir, et les myrtilles atteignent leur pic de saveur vers le 15 août. Les randonneurs qui venaient éviter les moustiques de juillet boudent souvent août par méconnaissance, ce qui en fait la période la moins fréquentée — à tort.
Le rituel du sauna-lac est incontournable. Je l'ai vécu moi-même depuis l'enfance : on sort du sauna chauffé à 80°C, on plonge dans le lac à 18°C, on retourne au sauna. Le contraste est intense, presque euphorique. C'est une pratique culturelle profonde pour les Finlandais. La plupart des lodges en Laponie proposent un sauna privé en bord de lac — c'est pratiquement un service standard, pas un luxe. Pour les amateurs de pêche, août marque aussi le début de la pêche à la perche dans les lacs libres — une activité très différente de la [pêche sur glace en Laponie finlandaise](/blog/peche-sur-glace-finlande/) en hiver, mais tout aussi contemplative et accessible sans permis spécial dans les zones ouvertes. Les premières teintes dorées du ruska (les couleurs d'automne arctique) apparaissent sur les bouleaux nains dès la dernière semaine d'août, annonçant le spectacle de septembre.
Se déplacer et se loger en Laponie en été
Claire Vasseur : Pratiquement, comment s'organise un séjour estival en Laponie ? Vols, hébergements, transports sur place ?
Riikka Mäkinen : L'aéroport d'Ivalo, à 30 km de Saariselkä, reçoit des vols depuis Helsinki toute l'année, et des vols charter depuis plusieurs villes européennes de juin à août. En dehors de la haute saison touristique hivernale, les tarifs sont très compétitifs — j'ai guidé des groupes français ayant trouvé des vols Helsinki-Ivalo à 80 euros aller simple en juillet 2025. Depuis Paris, ajoutez une connexion Helsinki via Finnair ou Norwegian.
Sur place, la voiture de location est recommandée pour s'éloigner des sentiers balisés et atteindre les accès secondaires du parc. En revanche, pour les séjours entièrement axés sur la randonnée dans le parc, certains lodges proposent des navettes depuis l'aéroport d'Ivalo ou la gare de Sodankylä. Les hébergements estivaux varient de l'auberge familiale à 60 euros la nuit aux lodges de design avec sauna privé à 200 euros. La qualité est généralement très élevée — les Finlandais sont exigeants sur l'entretien des infrastructures touristiques, même en dehors des circuits de masse. Je conseille de réserver au moins deux mois à l'avance pour juillet, un mois suffit en août.
Questions rapides : les idées reçues sur la Laponie en été
Claire Vasseur : Pour finir, quelques idées reçues sur la Laponie en été, Riikka. Vrai ou faux ?
Claire Vasseur : « En été, il n'y a rien à faire en Laponie. »
Riikka Mäkinen : Faux, et très faux. Il y a moins de vendeurs de tours organisés qu'en hiver, ce qui donne l'impression d'un désert d'activités. En réalité, le Parc d'Urho Kekkonen seul offre plus de 600 km de sentiers praticables, des sorties canoë sur la rivière Ivalojoki, des nuits en refuge gratuit, de la pêche, de l'ornithologie. L'été, c'est la Laponie des autonomes.
Claire Vasseur : « On ne peut pas voir les aurores boréales en été. »
Riikka Mäkinen : Vrai. Les aurores se produisent aussi en été dans la magnétosphère, mais le ciel est trop lumineux pour les voir. La nuit astronomique disparaît entièrement entre fin mai et mi-août à ces latitudes. Si les aurores sont votre priorité absolue, venez entre septembre et mars.
Claire Vasseur : « Les moustiques rendent le séjour insupportable. »
Riikka Mäkinen : Exagéré. Avec un répulsif efficace et des vêtements couvrants aux heures de pointe (le soir, près des zones humides), on s'y fait très bien. J'ai guidé des familles avec enfants en bas âge en juin sans incident majeur. Août est presque exempt de moustiques.
Claire Vasseur : « La Laponie en été, c'est identique à la Scandinavie du sud. »
Riikka Mäkinen : Faux. On est dans un autre monde. La végétation est sub-arctique — la toundra ouverte commence dès 400 mètres d'altitude. Les distances, l'absence de bruit humain, la densité de faune sauvage n'ont rien à voir avec la campagne suédoise ou norvégienne. C'est une nature primaire, avec ses propres règles.
Claire Vasseur : « Il n'y a pas besoin d'équipement spécial en été. »
Riikka Mäkinen : Faux et dangereux. Le temps change en 45 minutes. En juillet, j'ai vécu des jours avec 25°C à midi et 4°C à 22h avec vent et pluie. La couche de base imperméable est non négociable. Les secours mettent plusieurs heures à intervenir dans les zones éloignées du parc.
Claire Vasseur : « La Laponie en été ne vaut le coup que si on part longtemps. »
Riikka Mäkinen : Faux. Un séjour de 4 jours permet de faire une belle boucle dans le parc, de voir le soleil de minuit et de se baigner dans un lac. On peut tout à fait venir pour un long week-end depuis Paris via Helsinki. L'essentiel, c'est de savoir ce qu'on vient chercher.
Riikka Mäkinen propose ses sorties estivales entre juin et mi-septembre depuis son bureau de Saariselkä. Pour choisir la fenêtre idéale entre l’été et l’hiver, notre calendrier complet pour choisir la meilleure période en Laponie offre un panorama détaillé mois par mois avec températures, ensoleillement et activités disponibles. Un outil indispensable avant de réserver.
Pour approfondir les espèces que vous croiserez sur les sentiers estivaux, notre guide complet de la flore et faune en Laponie en été détaille les habitats mois par mois.
