Il y a un moment, dans tout voyage en Mongolie, ou l’on cesse de compter en kilometres pour commencer a compter en steppes. La premiere steppe fait une impression : on roule une heure sur une piste qui disparait dans l’horizon, et il n’y a rien. Pas un arbre. Pas une cloture. Pas une ligne electrique. Juste l’herbe rase qui fait des vagues, un ciel si grand qu’il semble descendre directement au sol, et trois chevaux qui galopent tres loin vers une yourte blanche minuscule. La deuxieme steppe est plus large. La troisieme est encore plus vide. On finit par comprendre que c’est exactement a cela que ressemblait le monde avant que l’humanite n’invente l’amenagement du territoire, et que la Mongolie est peut-etre le seul endroit ou ce monde-la existe encore a cette echelle.

Ce guide presente les grandes portes d’entree d’un voyage en Mongolie : la capitale Oulan-Bator, la vallee de l’Orkhon et les plaines du centre, le desert de Gobi, la Mongolie occidentale et ses chasseurs a l’aigle, les pratiques d’hospitalite nomade, et les questions ethiques qui accompagnent toute visite dans une culture pastorale vivante.

Comprendre la Mongolie en un coup d’oeil

La Mongolie couvre 1 564 000 kilometres carres, soit trois fois la France, pour une population de 3,4 millions d’habitants. C’est, statistiquement, le pays independant le moins densement peuple du monde : deux habitants au kilometre carre. Pres de la moitie de cette population vit dans la seule ville d’Oulan-Bator. Sur le territoire restant, on trouve des eleveurs nomades, des mineurs, des gardes-forestiers, des troupeaux de vingt-cinq millions de moutons et de chevres, cinq millions de vaches, quatre millions de chevaux, quatre cent mille chameaux de Bactriane. Plus d’animaux que d’humains, dans un rapport d’environ dix pour un.

Geographiquement, le pays se divise en trois grands ensembles : au nord, les montagnes boisees du Khentii et de Khovsgol, qui prolongent la taiga siberienne ; au centre et au sud, les grandes steppes herbeuses qui couvrent la majorite du territoire ; a l’extreme sud, le desert de Gobi. A l’ouest, la chaine de l’Altai mongol culmine a plus de 4000 metres et abrite certains des derniers chasseurs a l’aigle du monde.

Le climat mongol est continental extreme. Les ecarts annuels sont parmi les plus grands de la planete : +35 degres en juillet, -40 degres en janvier a Oulan-Bator. Le pays recoit 250 jours de soleil par an en moyenne, ce qui lui vaut le surnom de pays du ciel bleu eternel.

Oulan-Bator, capitale improbable

Oulan-Bator abrite 1,6 million d’habitants, soit la moitie de la population nationale. C’est une ville paradoxale, ou l’on trouve des gratte-ciel contemporains, un metro en construction, des centres commerciaux modernes, et en meme temps, un quartier immense de yourtes (ger districts) ou vivent les familles nomades venues s’installer en peripherie apres avoir perdu leurs troupeaux. La ville connait des pics de pollution atmospherique en hiver parmi les plus eleves au monde.

Pour un voyageur, Oulan-Bator merite deux a trois jours. Les visites essentielles sont le musee national d’histoire mongole (indispensable pour comprendre l’histoire de Gengis Khan et de l’empire mongol du XIIIe siecle), le monastere de Gandantegchinlen (le plus grand temple bouddhiste actif du pays, avec sa statue de Megjid Janraisig de 26 metres de haut), la place Sukhbaatar au centre, et le marche noir Naran Tuul pour une immersion dans la vie quotidienne mongole.

La vallee de l’Orkhon et le cœur historique

Trois cents kilometres a l’ouest d’Oulan-Bator, la vallee de l’Orkhon est le berceau historique des empires nomades qui ont domine l’Asie centrale pendant deux millenaires : Huns, Turcs, Ouigours et enfin Mongols de Gengis Khan y ont etabli leurs capitales successives. Le site de Karakorum, capitale de l’empire de Gengis Khan au XIIIe siecle, n’est plus aujourd’hui qu’un monastere du XVIe siecle (Erdene Zuu) construit sur ses ruines, mais le paysage et la vallee entiere sont classes au patrimoine mondial de l’UNESCO.

C’est aussi dans cette region qu’on rencontre les paysages de steppes les plus classiques : collines douces, rivieres poissonneuses, troupeaux de chevaux par centaines, campements de yourtes disseminees. Une ou deux nuits en ger (yourte) dans une famille de la region constituent souvent le point culminant d’un premier voyage en Mongolie. Notre article Vivre en yourte chez les nomades mongols detaille les codes d’hospitalite a respecter.

Yourte mongole blanche avec chevaux au paturage dans la steppe centrale
Ger (yourte) familiale dans la vallee de l'Orkhon, fin juillet. La structure en feutre de mouton monte sur une armature en bois peut etre demontee et remontee par une famille en moins de deux heures. Devant la porte, quelques chevaux de selle attendent le prochain deplacement.

Le desert de Gobi

Le Gobi couvre pres de 30 pour cent de la superficie mongole et forme l’un des ensembles desertiques les plus meconnus de la planete. Contrairement a l’imaginaire hollywoodien du desert tout-de-sable, le Gobi est a 95 pour cent fait de graviers, d’argile, de steppes seches et de montagnes rocheuses, avec seulement quelques zones de dunes dont les spectaculaires Khongoriin Els (les dunes chanteuses) qui s’etirent sur 180 kilometres de long.

Les points d’interet majeurs du Gobi sont Yolyn Am (la vallee du vautour, un canyon qui conserve de la glace meme en ete), Bayanzag (les falaises rouges ou furent decouverts les premiers oeufs de dinosaures en 1923 par Roy Chapman Andrews), et Tsagaan Suvarga (les stupas blancs, formations erodees spectaculaires). La faune du Gobi inclut le chameau de Bactriane (domestique et sauvage), l’argali (mouflon de montagne geant), le loup du desert, le chat des sables, et tres rarement, le takhi, cheval sauvage de Przewalski reintroduit dans la region voisine depuis les annees 1990.

Un voyage dans le Gobi prend au minimum cinq jours en 4x4 depuis Oulan-Bator, avec une partie en avion possible (vol Oulan-Bator-Dalanzadgad). Les distances sont enormes, les pistes difficiles, l’hebergement en camps de gers touristiques plutot confortable.

L’Altai mongol et la chasse a l’aigle

La Mongolie occidentale, dominee par la chaine de l’Altai, est l’une des regions les plus reculees et les plus culturellement distinctes du pays. La province de Bayan-Olgii est habitee a 90 pour cent par des Kazakhs musulmans qui ont maintenu vivante une tradition ancestrale : la chasse a l’aigle royal. Chaque automne, le Golden Eagle Festival rassemble les chasseurs de toute la region pour des concours d’elegance et d’adresse avec leurs aigles. C’est un evenement spectaculaire et de plus en plus touristique, avec les ambiguites que cela suppose.

Au-dela du festival (qui se deroule a Olgii en octobre), la region offre des randonnees en haute montagne, des paysages alpins tres differents du reste du pays, et la possibilite de passer quelques jours dans une famille kazakhe pour comprendre cette tradition de l’interieur. Notre article Trek dans l’Altai mongol : aigles et vallees entre dans le detail de cette experience.

Le lac Khovsgol et la Mongolie septentrionale

Au nord du pays, le lac Khovsgol, la mere des mers, est le deuxieme plus grand lac d’Asie centrale et est considere comme le petit frere du lac Baikal situe a quelques centaines de kilometres au nord en Russie. Ses eaux cristallines, ses forets de meleze qui descendent jusqu’au rivage, et la presence vivante des peuples Darkhad et Dukha (ces derniers sont l’un des derniers peuples eleveurs de rennes au monde, cousins culturels des Samis de Laponie) en font une destination a part. La saison est tres courte (juin a aout), l’hiver etant quasi impraticable a cause des temperatures. Voir notre article Lac Khovsgol, la mere des mers.

Dunes de sable des Khongoriin Els dans le desert de Gobi
Les Khongoriin Els, les dunes chanteuses du Gobi, en fin de journee. Ces dunes produisent un son grave et profond quand le sable glisse le long de leurs versants ouest, phenomene qui leur a donne leur nom. Elles peuvent atteindre 300 metres de hauteur.

L’hospitalite nomade : codes et respect

Les nomades mongols pratiquent une hospitalite inconditionnelle qui surprend souvent les voyageurs europeens. Un voyageur qui s’arrete devant une ger est accueilli automatiquement, sans rendez-vous, sans presentation, avec du the au lait sale (suutei tsai), du khorkhog (viande cuite a la vapeur sur pierres chaudes) et parfois une nuit offerte. Cette tradition tient son origine dans la survie pastorale : dans un environnement aussi dur, refuser l’hospitalite a un voyageur serait le condamner. L’inverse est tout aussi vrai : le voyageur refusait rarement, parce qu’il fallait du meme droit compter sur cette hospitalite le lendemain.

Pour un voyageur moderne, respecter ces codes suppose quelques regles simples :

  • Apporter un petit cadeau a la famille d’accueil : the, biscuits, cigarettes pour les hommes (meme si vous ne fumez pas), jouets pour les enfants.
  • Ne jamais marcher sur le seuil de la yourte (il est sacre).
  • Accepter systematiquement la nourriture et les boissons offertes, meme symboliquement.
  • Entrer dans la yourte par la gauche (cote masculin) si vous etes un homme, par la droite (cote feminin) si vous etes une femme.
  • Ne pas pointer du doigt, ne pas faire le signe ok avec le pouce et l’index (considere comme obscene).
  • Laisser une contribution financiere discrete au moment du depart (l’equivalent de 10 a 20 euros par personne pour une nuit et les repas est un minimum respectable).

Budget indicatif

Pour deux semaines en Mongolie incluant Oulan-Bator, Orkhon, Gobi et lac Khovsgol :

  • Vols internationaux (via Istanbul ou Pekin) : 800 a 1400 euros
  • Chauffeur-guide avec vehicule 4x4 pour 10 a 12 jours : 1000 a 1800 euros
  • Hebergement melange (hotels en ville, camps de ger touristiques) : 400 a 800 euros
  • Repas : 200 a 400 euros
  • Activites et entrees : 150 a 300 euros
  • Pourboires et cadeaux : 100 a 200 euros

Total pour une personne : environ 2650 a 4900 euros. Les couts se divisent a deux, le vehicule et le guide restant les memes.

Voyage responsable en Mongolie

Les enjeux ecologiques specifiques a la Mongolie tournent autour de deux realites. D’abord, le changement climatique frappe le pays de maniere alarmante : les dzud (hivers extremes qui decimed les troupeaux) sont devenus plus frequents, et on estime que plus de dix millions d’animaux sont morts pendant l’hiver 2024. La pression sur les pastoralistes pousse des milliers de familles a abandonner la vie nomade pour s’installer en peripherie d’Oulan-Bator. Ensuite, l’expansion miniere (cuivre, or, charbon) transforme le paysage central et provoque des conflits reguliers avec les communautes pastorales.

Voyager responsable en Mongolie consiste a privilegier les agences locales detenues par des Mongols, a loger en famille plutot qu’en grand camp de ger industriel, a ne pas acheter d’objets issus d’especes menacees (fourrure de loup des neiges, os de gazelle), a respecter strictement les codes d’hospitalite, et a payer correctement les prestations pour soutenir l’economie pastorale locale. Les liens historiques entre la Route de la Soie et la Mongolie invitent aussi a integrer ce pays dans une approche plus large de l’Asie centrale : notre guide partenaire voyageenouzbekistan.fr couvre en detail cette dimension complementaire.

Pour aller plus loin

Pour lier la Mongolie au reste du Transsiberien et a la Siberie russe, voir notre guide du Transsiberien et celui du lac Baikal en hiver. Pour le Naadam en particulier, lisez notre article Naadam : la fete nationale mongole. La dimension ecologique du pastoralisme et sa menace climatique est developpee dans notre guide du voyage responsable.