Quand on prepare un voyage en Laponie, on lit beaucoup de choses sur les Samis. Souvent les memes : drapeau quadricolore, gakti rouge et bleu, troupeaux de rennes au crepuscule, joik enregistre sur fond de synthetiseur. Toutes ces images existent, toutes sont vraies, et pourtant elles passent a cote de l’essentiel. Pour eviter le piege de la carte postale, nous avons rencontré Antoine Lavigne, anthropologue specialiste des peuples arctiques. Ses propos compilent les travaux universitaires recents et les positions exprimees publiquement par les institutions samies elles-memes. L’objectif n’est pas de parler a la place des Samis, mais de proposer un cadre honnete pour les ecouter ensuite.

L’entretien a ete mene par Claire Vasseur, redactrice voyage de Time Tours basee a Rovaniemi depuis trois ans. Le format question-réponse permet de creuser des sujets que les guides touristiques traitent en deux lignes : la langue, l’elevage, les droits autochtones, le tourisme, la spiritualite. Le but est qu’a la fin de la lecture, le voyageur ait change de regard et sache quelles questions se poser une fois sur place.

Portrait d'Antoine Lavigne, anthropologue specialiste des peuples arctiques

Antoine Lavigne

Anthropologue specialiste des peuples arctiques

Base a Tromsø (Norvege), 20 ans d'études terrain en Sapmi. Specialiste de l'anthropologie arctique contemporaine.

Histoire : qui sont les Samis et depuis quand vivent-ils en Sapmi ?

Claire Vasseur : Commencons par le commencement. Quand on dit que les Samis sont le seul peuple autochtone reconnu dans l'Union europeenne, qu'est-ce que ca signifie concretement ? Et depuis quand sont-ils dans cette région du monde ?
Antoine Lavigne : La presence sami en Fennoscandie est documentee depuis au moins 4 000 a 5 000 ans, et probablement davantage. Les sites archeologiques de la cote norvegienne et des lacs interieurs suédois montrent une continuite culturelle qui place les Samis bien avant l'arrivee des populations germaniques et finnoises au sud. C'est cette antecedence historique qui fonde leur statut de peuple autochtone au sens de la Convention 169 de l'Organisation internationale du travail, ratifiee par la Norvege en 1990, mais ni par la Suede, ni par la Finlande, ni par la Russie.

Concretement, ce statut implique des droits specifiques : reconnaissance de la langue, autonomie culturelle, consultation prealable sur les décisions affectant le territoire ancestral. Mais il y a un ecart immense entre le droit theorique et la réalité quotidienne. Les Samis suédois, par exemple, ont du attendre 2020 pour qu'un tribunal reconnaisse leur droit ancestral exclusif sur certaines zones de chasse et de peche, dans une affaire qui a dure plus d'un siecle.

L'idee meme de "qui sont les Samis" est elle-meme politique. Pendant des décennies, les Etats nordiques ont mene des politiques d'assimilation très dures : interdiction de la langue a l'ecole, pensionnats, recherches racistes au debut du XXe siecle. Beaucoup de descendants samis ont perdu la langue en une ou deux générations. Aujourd'hui, on assiste a un mouvement de reappropriation identitaire : des gens dont les grands-parents avaient cache leur origine se reclament a nouveau samis. C'est un peuple en reconstruction, pas un peuple fige dans le passe.

La langue same et son statut

Claire Vasseur : On parle souvent de "la" langue sami, mais en réalité il y en a plusieurs. Pouvez-vous expliquer cette diversite linguistique et son etat de sante ?
Antoine Lavigne : Il existe neuf langues sames vivantes, regroupees en trois branches principales : sames de l'Ouest, sames de l'Est, sames du Sud. Toutes appartiennent a la famille finno-ougrienne, ce qui les rapproche du finnois et de l'estonien plutot que des langues scandinaves. La langue dominante est le same du Nord, parle par environ 25 000 personnes en Norvege, Suede et Finlande. Elle dispose d'une presse, d'une chaine de radio, d'une TV publique, et de programmes scolaires complets.

A l'autre extremite, certaines langues sont en danger critique. Le same de Pite a peut-etre 30 a 40 locuteurs, le same de Ume a peine plus. Le same d'Akkala, parle dans la peninsule de Kola, est probablement eteint depuis 2003. Pour ces langues fragiles, chaque deces de locuteur est une perte irrecuperable.

Ce qui est intéressant, c'est que la revitalisation linguistique est devenue un combat politique central. Les ecoles d'immersion en same, appelees languagenest sur le modèle maori, accueillent de jeunes enfants qui n'ont pas de transmission familiale. Des chanteurs comme ceux du collectif Sami Sound Mafia diffusent les langues a travers la pop, le rap, l'electro. Quand vous voyagez en Laponie norvegienne aujourd'hui, vous voyez les panneaux routiers bilingues, les noms de gares en double ecriture. Ce n'est pas du folklore, c'est une victoire politique recente, conquise dans les annees 1990 et 2000.

L’elevage de rennes : réalité contemporaine

Claire Vasseur : L'elevage de rennes est l'image dominante associee aux Samis. Mais a quoi ressemble vraiment cette activité aujourd'hui ? Combien de personnes la pratiquent et dans quelles conditions ?
Antoine Lavigne : L'elevage de rennes, qu'on appelle boazovuohta en same du Nord, concerne environ 10 % de la population sami totale, soit quelques milliers de familles reparties dans des structures traditionnelles : les siida en Norvege et en Suede, les paliskunta en Finlande. Ce sont des unites collectives de gestion qui regroupent plusieurs familles partageant un meme territoire de paturage et coordonnant les rassemblements saisonniers.

Concretement, le rythme de l'eleveur sami suit celui des troupeaux. En ete, les rennes paissent dans les hauteurs cotieres ou les zones froides ; en hiver, ils descendent dans les forets de pin a la recherche de lichen. Ce cycle, long de plusieurs centaines de kilometres parfois, structure toute une economie : marquages au printemps, abattages d'automne, surveillance permanente. Les motoneiges et les helicopteres ont remplace en grande partie les skis et les rennes de selle, mais la connaissance du territoire reste transmise oralement, en same.

La réalité economique est dure. Les revenus de l'elevage sont volatils, dependent du prix de la viande, des aides europeennes, et surtout des accidents climatiques. Les redoux suivis de regels creent des couches de glace impenetrables sur le lichen, condamnant des troupeaux entiers a la famine. Comme l'a documente notre [portrait des eleveurs de rennes](/blog/eleveurs-rennes-laponie-siberie/), des familles entieres ont du quitter le metier ces dix dernières annees. C'est une crise silencieuse qui se joue dans le Grand Nord.

Le drapeau Sami et les symboles culturels

Claire Vasseur : Le drapeau sami est devenu un symbole très visible, on le voit fleurir partout en Laponie. Que représente-t-il exactement, et a quand remonte-t-il ?
Antoine Lavigne : Le drapeau sami a ete adopte le 15 aout 1986 lors de la Conference nordique sami a Are, en Suede. Il a ete dessine par l'artiste sami Astrid Bahl. Le cercle, divise en bleu et rouge, représente le soleil et la lune ; les quatre couleurs (rouge, bleu, vert, jaune) sont celles du gakti, le costume traditionnel. C'est un drapeau jeune, mais qui s'est impose très vite comme symbole pan-sami transcendant les frontières etatiques.

Le 6 fevrier est devenu la fête nationale sami, en commemoration du premier congres sami tenu a Trondheim en 1917. Ce jour-la, le drapeau flotte officiellement sur les batiments publics norvegiens, suédois et finlandais aux cotes des drapeaux nationaux. C'est une victoire symbolique enorme : pendant des siecles, les Samis n'avaient ni Etat ni reconnaissance officielle.

Le gakti, lui, est plus complexe qu'il n'y parait. Sa coupe, ses couleurs, ses ornements indiquent precisement l'origine geographique de la personne qui le porte : on reconnait un gakti de Karasjok, de Kautokeino ou de Vesteralen au premier coup d'oeil. Le porter sans appartenance, comme costume folklorique pour touristes, est considere comme une forme d'appropriation culturelle. C'est un sujet sensible que je recommande de comprendre avant tout voyage. Pour aller plus loin sur les costumes traditionnels des peuples du Nord et leurs significations identitaires, le site [costume-russe.fr](https://www.costume-russe.fr/) offre un panorama intéressant des parures traditionnelles slaves et finno-ougriennes voisines, qui partagent avec le gakti la meme fonction de marqueur d'origine precise.
Famille sami en gakti traditionnel devant un lavvu lors d'un rassemblement saisonnier en Sapmi

Le Sapmi face a la modernite : mines, parcs eoliens, climat

Claire Vasseur : On entend de plus en plus parler de conflits entre eleveurs samis et industries extractives ou energetiques. C'est un phenomene nouveau ou une continuite historique ?
Antoine Lavigne : C'est une continuite historique sous une forme renouvelee. Le Sapmi a toujours ete une zone d'extraction : minerai de fer a Kiruna depuis le XIXe siecle, hydroelectricite massive dans les annees 1950-1970 (le barrage d'Alta en Norvege a declenche en 1979 la plus grande mobilisation autochtone de l'histoire scandinave), aujourd'hui les terres rares, le lithium, et surtout les parcs eoliens.

Le cas le plus emblematique est celui de Fosen, en Norvege centrale. En 2021, la Cour supreme norvegienne a juge que deux parcs eoliens construits sur des paturages d'hiver violaient les droits humains des eleveurs samis du sud. Pourtant, plus de trois ans après ce jugement, les eoliennes tournent toujours, faute d'execution effective. Cette situation a provoque en 2023 des occupations massives a Oslo, soutenues notamment par Greta Thunberg. C'est devenu un cas d'ecole sur la différence entre droit reconnu et droit applique.

S'ajoute le changement climatique, qui n'est pas une menace abstraite : c'est une donnée quotidienne pour les eleveurs. Hivers plus chauds, redoux precoces, neige instable, predateurs qui remontent au nord. Les Samis observent depuis des décennies des phenomenes que les climatologues commencent seulement a modeliser. La transition energetique, paradoxalement, se fait souvent au detriment des peuples autochtones les plus exposes a ce changement climatique. C'est un noeud ethique majeur de notre epoque.

Le tourisme : ce qui aide vs ce qui exploite

Claire Vasseur : Beaucoup de voyageurs veulent "rencontrer les Samis" pendant leur sejour en Laponie. Comment distinguer une expérience respectueuse d'une expérience exploitante ?
Antoine Lavigne : La première question a se poser : qui possede et qui beneficie de l'expérience proposee ? Une ferme de rennes "samie" tenue par des Finlandais ou des Norvegiens du sud, employant ponctuellement des Samis comme guides, n'est pas une expérience sami : c'est une mise en scene. A l'inverse, des structures comme Davvi Siida en Norvege, Nutti Sami Siida en Suede, ou les fermes du reseau Visit Sapmi sont detenues et operees par des familles samies elles-memes. La différence economique est immense.

Le deuxieme criere est le respect du temps long. Une "rencontre sami" de 45 minutes entre deux excursions, avec photo souvenir en gakti et joik enregistre, releve du folklore plaque. Une vraie rencontre prend une demi-journee minimum, dans un cadre ou l'on travaille avec les eleveurs (rassemblement, comptage, deplacement de troupeau), ou l'on ecoute, ou l'on partage un cafe et une bidos (soupe traditionnelle de viande de renne). Ces formats existent, ils sont juste moins commercialises.

Troisieme criere : l'absence de captifs animaliers a vocation purement spectaculaire. Les fermes ou des rennes sont enchaines pour permettre des sleigh-rides en boucle d'une heure ne sont pas des modèles d'elevage traditionnel. Les vrais eleveurs travaillent avec des troupeaux semi-libres et n'organisent les balades que dans des conditions controlees, en respectant le bien-etre animal. Pour approfondir ces principes, voir aussi notre [guide voyage responsable arctique](/voyage-responsable-arctique/) qui detaille les criteres de certification.

Les Parlements Samis et la question des droits

Claire Vasseur : Vous avez evoque les Parlements samis. Quelle est leur reelle marge de manoeuvre ? S'agit-il d'institutions symboliques ou de contre-pouvoirs effectifs ?
Antoine Lavigne : Les trois Parlements samis (Sametinget en Norvege depuis 1989, en Suede depuis 1993, Saamelaiskarajat en Finlande depuis 1996) sont des assemblees elues au suffrage universel par les personnes inscrites sur les registres samis de chaque pays. Ils disposent de compétences propres en matiere de langue, de culture, de transmission, et de gestion de fonds publics affectes. En Norvege, le Sametinget gere par exemple les ecoles samies, les bibliotheques, les musées, et controle une partie des décisions sur l'utilisation des terres ancestrales.

Mais leurs compétences restent largement consultatives. Sur les décisions strategiques (mines, parcs eoliens, infrastructures), les Etats centraux ont le dernier mot, meme si la consultation des Parlements samis est juridiquement obligatoire. Le cas Fosen montre que cette consultation peut etre suivie d'une violation effective des droits, sans sanction reelle. Les Parlements samis sont donc des institutions importantes mais structurellement asymetriques face aux gouvernements nationaux.

La Russie est un cas a part : il n'existe pas de Parlement Sami reconnu par l'Etat federal. Les Samis de la peninsule de Kola, environ 2 000 personnes, vivent dans une situation politique extremement vulnerable, sans reconnaissance institutionnelle ni protection effective. Depuis 2014, plusieurs ONG samies russes ont ete classees "agents de l'étranger", ce qui paralyse leur action. C'est l'angle mort du sujet sami quand on parle d'Europe arctique.

La spiritualite et le chamanisme historique

Claire Vasseur : On parle parfois de spiritualite sami, de chamanisme, de tambour rituel. Que reste-t-il de ces traditions et comment sont-elles vecues aujourd'hui ?
Antoine Lavigne : La spiritualite sami pre-chretienne reposait sur une cosmologie complexe : un monde des vivants au milieu, un monde superieur des esprits, un monde inferieur des morts. Les noaidi, sortes de chamanes, mediateurs entre ces mondes, utilisaient le tambour rituel (gievrie ou meavrresgarri selon les régions) comme instrument de transe et de divination. Les peaux de tambours portaient des dessins symboliques representant les divinites, les animaux, les paysages cosmiques.

L'evangelisation luthérienne, particulierement violente aux XVIIe et XVIIIe siecles, a quasiment eradique cette tradition. Les tambours ont ete brules par centaines, les noaidi persecutes, parfois exécutés. Au XIXe siecle, le mouvement religieux laestadien, fonde par un pasteur en partie sami, a cree une forme de protestantisme rigoriste qui structure encore aujourd'hui la vie de nombreuses communautes samies de Finlande et de Suede.

Aujourd'hui, on observe une reappropriation prudente. Quelques tambours rituels conserves dans des musées europeens font l'objet de demandes de restitution. Des artistes samis utilisent les motifs traditionnels dans leurs creations. Mais il faut etre clair : le neo-chamanisme commercial, propose dans certaines fermes touristiques avec "cérémonie de purification" et "voyage spirituel", n'a aucun lien avec les pratiques historiques. C'est une projection de fantasmes new age sur une culture qui ne demande pas a etre exotisee. La majorite des Samis aujourd'hui sont chretiens, certains pratiquants, beaucoup secularises, comme partout en Scandinavie.
Tambour rituel sami traditionnel expose dans un musée, avec ses motifs cosmologiques peints

Que peut faire un voyageur respectueux ?

Claire Vasseur : En conclusion pratique : qu'est-ce qu'un voyageur de bonne foi peut faire concretement, avant et pendant son sejour, pour ne pas etre dans la posture du touriste extracteur ?
Antoine Lavigne : Avant le depart, je recommanderais trois choses. D'abord, lire au moins un livre ecrit par un auteur sami (Niillas Somby, Ann-Helen Laestadius, Linnea Axelsson). La litterature sami contemporaine est vivante, accessible en traduction française et anglaise, et donne une perspective interne irremplacable. Ensuite, regarder les chiffres : si vous reservez une "ferme sami", verifiez le nom du proprietaire, demandez si l'exploitation est familiale, croisez avec les sites Visit Sapmi ou Sami Tour. Enfin, accepter de ne pas tout voir : les rassemblements de marquage, les cérémonies religieuses laestadiennes, certains lieux sacres ne sont pas des spectacles touristiques.

Sur place, les regles sont simples mais pas toujours respectees. Demander avant de photographier des personnes, surtout en gakti. Ne pas marcher sur les rajds (traineaux d'entrainement) ni sur les zones de marquage. Respecter le silence dans les lieux de culte saami (sites de sieidi, certains lacs et collines marques par des cairns). Acheter le duodji (artisanat) directement aux artisans, pas en boutique-souvenir, et payer le prix demande sans marchander. Le duodji authentique porte un label de la Sami Duodji Foundation.

Plus largement, accepter que vous etes l'invite. Vous arrivez dans une société qui a survecu a quatre siecles de tentatives d'effacement, et qui aujourd'hui se reconstruit pas a pas. Votre presence peut soutenir cette reconstruction, ou la ralentir. C'est un choix de chaque instant.

Questions rapides : les idees recues sur les Samis

Idee recue

"Tous les Samis sont eleveurs de rennes."

Antoine Lavigne : Faux. Aujourd'hui environ 10 % des Samis vivent encore de l'elevage de rennes. La majorite vit en ville, dans des metiers identiques au reste de la population scandinave : enseignants, ingenieurs, infirmiers, artistes.

Idee recue

"Les Samis sont des Lapons."

Antoine Lavigne : Le terme "Lapon" est aujourd'hui considere comme pejoratif et colonial. Le terme correct est "Sami" (au pluriel : Samis ou Samek selon la langue). Sapmi est leur territoire ancestral, et non "la Laponie", qui est une appellation administrative scandinave.

Idee recue

"Le joik, c'est de la musique chamanique."

Antoine Lavigne : Faux. Le joik est une forme vocale qui ne raconte pas un sujet : elle l'evoque, le fait exister. On ne joike pas "sur" quelqu'un, on le joike. C'etait persecute par les églises au XIXe siecle, c'est aujourd'hui une expression artistique vivante, parfois utilisée dans la pop ou l'electro contemporaine.

Idee recue

"Les Samis vivent dans des tentes en peau."

Antoine Lavigne : Faux. Le lavvu, tente conique traditionnelle, est utilisé lors des deplacements saisonniers ou dans certaines occasions ceremonielles, mais l'habitat sami contemporain ressemble en tout point a celui du reste de la Scandinavie : maisons en bois isolees, appartements urbains, tout le confort moderne.

Idee recue

"Le Pere Noel vit en Laponie sami."

Antoine Lavigne : Très faux. Le marketing du "village du Pere Noel" a Rovaniemi est une construction commerciale finlandaise des annees 1950 sans aucun lien avec la culture sami. Beaucoup de Samis le vivent comme une appropriation folklorique parmi d'autres.

Idee recue

"Tous les Samis parlent same."

Antoine Lavigne : Faux. Du fait des politiques d'assimilation, peut-etre la moitie seulement des Samis maitrise une des neuf langues sames. La revitalisation linguistique est en cours, mais beaucoup de descendants samis n'ont jamais entendu leurs grands-parents parler leur langue maternelle.

Idee recue

"Les Samis sont protegees par la loi, donc tout va bien."

Antoine Lavigne : Faux. La protection juridique formelle existe, mais l'application reste fragile, comme l'illustre l'affaire Fosen en Norvege. Mines, eoliennes, infrastructures continuent de mordre sur les paturages, parfois en violation des décisions de justice. Le combat pour les droits effectifs n'est pas termine.

Conclusion : trois choses a retenir

Antoine Lavigne : Premierement, les Samis ne sont pas un peuple du passe. Ce sont 80 000 a 100 000 contemporains qui vivent aujourd'hui dans quatre Etats, avec des Parlements, des artistes, des chercheurs, des entrepreneurs, des juristes, des eleveurs. Les représenter comme un musée ethnographique, c'est nier leur dynamisme actuel et la lutte politique qu'ils menent pour leurs droits.

Deuxiemement, leur survie et leur reconstruction sont fragiles. La langue, l'elevage, l'integrite du Sapmi sont menaces par le climat, les industries extractives, et la pression demographique. Chaque voyageur a un rôle minuscule mais reel a jouer dans l'equation : choisir ses operateurs, payer le juste prix, respecter les lieux et les personnes, lire avant de partir.

Troisiemement, l'humilite est la meilleure boussole. Vous ne deviendrez pas expert en Sapmi en deux semaines de voyage. Mais vous pouvez devenir un visiteur attentif, qui ecoute, qui pose des questions sans se prendre pour un ethnographe, et qui repart en sachant qu'il a beaucoup plus a apprendre. C'est, je crois, la posture la plus juste face a un peuple qui a tant ete observe, decrit, classe, et si peu ecoute.